Ce matin j'ai entamé des fouilles archéologiques dans mon ancienne chambre chez ma maman.
J'ai retrouvé ma casio offerte par la belle-mère de mon ex, les clés de chez mon père, une bague en toc et des lettres reçues de mes amies à l'adolescence.
Leurs mots m'ont projetée dix ans en arrière et dans le présent à la fois. Je retrouvais ce qui me faisait sourire dans les souvenirs dans mon quotidien.
Quelque chose qui me frappe depuis presque trois ans c'est à quel point je me sens proche de qui j'étais à l'adolescence.
Les joies immenses, les catastrophes qui sentent un peu moins la fin du monde qu'avant, les premières fois gravées dans la rétine, les bras grand ouverts prête à planer. Les bonheurs des autres m'éclaboussent, leurs joies me rendent fière. Ce qui sort le plus souvent de ma bouche c'est un rire, et enfin ce n'est plus celui qui est là pour se faire remarquer, c'est celui qui vient du ventre, le plus vivant.
J'ai pas hâte d'être à une date buttoire, j'ai pas hâte d'être au week-end, j'ai pas hâte d'être en été, j'ai pas hâte de "rencontrer quelqu'un", j'ai hâte d'être maintenant, même quand maintenant fait mal. Qu'est ce que c'est beau maintenant.
Lundi après-midi, attablée entourée de collègues/amis, je me suis entendue dire des mots beaucoup trop familiers, des mots en forme de spirale, des mots qui prenaient de la vitesse et qui couraient droit vers un mur que je me suis déjà pris un certain nombre de fois, même quand ce mur essaie de s'habiller d'autres couleurs pour que je ne le reconnaisse pas. Alors j'ai sorti mon téléphone de mon sac et j'ai essayé d'emprunter un autre chemin, à l'opposé de ce mur. Il m'a répondu qu'il était disponible le soir même.
Je savais pas quoi faire. Toute une partie de moi était tellement habituée à se prendre le mur qu'elle voulait se prendre le mur encore (et peut-être qu'en fait ce chemin là aussi mène vers un autre mur, je ne le sais pas encore), ce mur si familier, cette douleur temporaire qui transforme tout ce qu'elle touche en apprentissage express, cette douleur pareille à celle dans mes os d'enfant la nuit dans mon lit, mais dans la cage thoracique.
Quelques heures plus tard, en fou rire assise sur mon lit avec Lidia qui me disait d'écouter ma fatigue et de ne pas y aller, le rejoindre, cet inconnu, dans un bar, un lundi férié. La pluie tombait encore un peu au loin et le mur m'appelait, mais ma politesse et mon sens de l'engagement à mes promesses ont crié plus fort et j'ai mis ma veste et j'ai laissé mes attentes au porte-manteau. Ptet qu'on allait pas si bien s'entendre que ça. Ptet qu'on allait juste être amis. Et que j'pourrai aller me prendre le mur que j'avais tellement envie de me ramasser une fois de plus.
D'abord on a parlé un peu comme deux inconnus qui font comme s'ils n'étaient pas à un rencard. Puis on a parlé comme deux potes. J'ai entendu le bruit du mur s'éloigner. Puis on a parlé comme deux personnes qui flirtent l'air de rien. J'ai senti le vrombissement du mur qui commençait à tomber sur lui-même. Puis on a parlé comme deux personnes qui flirtent en connaissance de cause. J'ai laissé le mur en plan, en ruines, avec rien à fouiller.
Tout s'est fait tout seul, on est partis en expédition du corps l'un de l'autre et j'ai pensé à rien d'autre que ce que me livraient mes sens. Quand il m'a prise dans ses bras j'ai pas cherché plus loin, quand on s'embrassait en discutant simplement j'ai pas interprété. Et en repartant de chez lui le lendemain après-midi je me suis rendue compte que c'est la première fois de ma vie que je n'avais ressenti aucun malaise une fois le soleil levé avec quelqu'un qui n'est pas mon mec. Le mur est en miettes je crois. Peut-être qu'il se reconstruira. Peut-être que je dois me le prendre encore. Peut-être que je me prendrai un mur d'un autre genre. Peut-être que lui était juste une leçon de vie de quelques heures. Peut-être que lui aussi sera un futur mur.
Ce matin a six heures j'ai dit bonjour aux étoiles en allant me coucher. Le froid embrassait mes doigts crispés sur mon téléphone tandis que je résumais ma soirée à voix basse pour lidia qui les écouterait en se réveillant.
Les copains sur la piste de danse, les embrassades, les discussions cachés derrière nos bières, le sol collant, mes allées venues sur la terrasse avec les fumeurs surtout pour parler avec l'un d'eux, des paillettes sur mes mains des paillettes sur mes joues.
Rentrée à la maison j'ai effacé un poisson doré qui avait élu domicile sur ma joue. J'ai rejoué des conversations dans ma tête à mon réveil et j'entends encore une certaine façon de prononcer mon prénom résonner.
Mais je sais qu'il serait probablement vain de me questionner. Alors je repense plutôt à la piste de danse. Aux copains. Aux étoiles qui me disent bonjour et bonne nuit à la fois. Je pense à moi. Et à tout ce que je vais apprendre. Là bas quelque part au tournant, dans le froid, dans les prochaines chaleurs. Tout le temps.
Il était si long et si court. Je n'ai écrit dans aucun de mes carnets de question quotidienne en octobre. J'ai pas écrit sur mon monthly planner et en plus il est tombé derrière ma commode.
Et je l'ai fini triste alors il me paraît encore plus irréel.
Novembre l'a foutu au tapis et a nettoyé ses vestiges avec sa pluie incessante.
Je sors de chez moi il pleut, je ris il pleut, j'attends il pleut, mon anxiété monte dans mes poumons il pleut, mon anxiété redescend il pleut, il pleut, il pleut.
Je m'essaie une fois de plus à être dans l'ici et le maintenant. Sous cette pluie, dans un canapé, au cinéma, attablée à côté d'un mec avec qui on se fait du genou je crois, au taff, en train de préparer le lancement du podcast avec Asma, sur mon lit en train de lire. J'essaie de dire à mon cerveau que pour le moment on est là. Qu'il pleut et qu'on en a besoin. Et qu'on sait pas de quoi est fait demain, et que tout ce qu'on peut faire, c'est d'être vraiment là, sous la pluie.
Meredith, 26 ans, heureuse nouvelle propriétaire d'un coeur mou tout frais, récemment déshabillé de son faux habit de pierre.
Mon coeur mou s'est pris un gros mur dans la gueule hier soir. Adossée contre le comptoir de la cuisine, avec celui qui bien malgré lui avait participé au déshabillage de mon coeur cet été (et à celui de mon corps, mais en toute conscience), je l'ai écouté me dire qu'il allait rester à Bruxelles. Qu'il allait pas repartir dans les bras de son ancienne vie. Qu'il allait vraiment rester.
Je me suis rendue compte qu'en fait c'est pas parce qu'il l'aimait elle, qu'il ne m'aimait pas moi. Il ne m'aime pas un point c'est tout. Ce que je pensais être la raison de notre "rupture" n'est plus dans le chemin et pourtant rien n'a changé. Côte à côte dans la cuisine et très très loin en même temps.
Alors mon coeur mou et moi, on est passés à l'heure d'hiver tout en veillant a ne plus s'emmurer, dans un nuage de fumée et sous les basses assourdissantes, entre le patio et le salon. On a encore dansé, on a (trop) fumé, on a bu beaucoup d'eau et on a ri sincèrement.
Assises dans le canapé Lidia et Asma m'ont demandé tour à tour si ça allait. Difficile de parler de lui alors qu'il est accroupi un peu plus loin en train de sélectionner une prochaine musique. Difficile de lui en vouloir. Difficile de le détester. Difficile. Plus difficile que prévu.
Mon coeur mou et moi on est rentrés à pied sous la pluie après lui avoir dit au revoir à lui et adieu à son coeur. Parce que son coeur et le mien n'ont jamais été faits pour se rencontrer. Peut-être que nos blagues et nos rires et nos curiosités devaient se croiser. Pour qu'on apprenne et qu'on continue sur des chemins différents. Mais c'est tout.
Mon coeur mou et moi on va prendre soin l'un de l'autre cette fois ci je crois. Même si des fois c'est difficile d'avoir un coeur mou. Mais c'est mon coeur. Et il est comme ça.
En fait t'es en train de créer un effet de surprise, c'est ça hein?
T'es quelque part dans un coin, probablement en pleine lumière aux yeux d'autres et puis bam!! Tu vas te planter devant moi. Mais là je m'attends peut être trop à être surprise. Alors tu viens pas. Sinon c'est pas drôle hein? Je crois que là tu me manques mais je sais toujours pas qui t es et je sais toujours pas si je suis prête mais c'est quoi être prêt putain.
Je sais que tu vas pas me réparer et vice versa. Je sais que je dois encore bosser sur moi-même. Pour moi pas pour toi. Ce soir j'ai vu odezenne ils ont dit que je suis la femme de ma vie et ils ont raison, mais je veux bien y faire un coin douillet pour toi. Sauf que je sais pas encore comment décorer. T'es pas là. T'apporteras ton propre fauteuil.
J'ai du mal à répondre à cette question sans me perdre en phrases qui ne se terminent pas. En "euh". En "...tu vois?".
Ca va à la fois très bien et à la fois très mal.
Les matins je me lève, je juge mon reflet, je danse en culotte dans mon salon, je vais au sport, je bosse à mon taff ou alors je bosse sur mes projets ou alors je sociabilise d'une façon ou d'une autre, je rentre dormir tard ou alors je choisis d'opter pour une bonne nuit de sommeil et les lendemains se ressemblent tout en ne se ressemblant pas, la routine n'est que minime.
Et entre toutes ces activités les angoisses dansent dans mon cerveau, je fais mes comptes, ils ne suivent pas la vraie vie, je regarde encore mon reflet, il ne suit pas ma tête, je fouille dans mon cerveau et il panique encore un peu. Et je crois que je me cache derrière mon agenda rempli pour postposer ce qui serait vraiment très nécessaire à mon bien-être mental. Deux ans à postposer le jour où je vais entamer un suivi psy c'est un peu autruche quand même.
Je pense avoir la chance d'avoir trouvé un métier qui me donne envie de me lever le matin et d'avoir un entourage qui m'inspire et participe à mon équilibre sans pour autant être une béquille. Des gens magnifiques et drôles et sincères. Des fleurs des lumières des astres. Et moi au milieu d'eux j'arrive toujours pas à me voir comme eux me voient je crois. Asma en a marre de m'entendre dire que je suis moche.
Ce matin j'ai envoyé des messages à mes parents pour leur dire que je les admire pour s'en être aussi bien sortis comme parents célibataires approchant la trentaine. Parce que putain je savais que ça allait être dur cette première année à la sortie des études mais remettre en question ma relation avec mon corps (pour la énième fois), mon cycle avec les mecs, gérer toute cette paperasse, ces problèmes de thune c'est encore plus compliqué que ce que je croyais. Alors eux avec une bambine sous le bras je sais pas comment ils ont fait.
Je pense qu'il va falloir que je sois plus gentille avec moi-même.