dimanche 22 mars 2020

Penser/panser.

J'ai envie d'être à la montagne. J'ai envie qu'elle m'embrasse. J'ai envie que ce soit l'été. Je veux entendre mon rire résonner dans l'air. J'ai envie que les choses changent après. J'ai envie qu'on soit plus empathiques. Qu'on fasse plus attention aux moins privilégiés. Je veux manger des pancakes. J'ai mangé des pancakes. Faut que je fasse du yoga. Et si je mettais tinder? Non. Oui. Non.
Le ciel est bleu. J'ai envie de faire l'amour. J'vais faire du yoga. Et si j'envoyais un message à mon ancien amant? J'ai envoyé un message à mon ancien amant. Putain qu'est ce qu'il fait beau je vais lire allongée par terre dans ce rai de lumière. Demain on est en confinement total. J'ai fait un live sur insta. Merde j'ai mangé presque tous les schokobons. C'est facile à faire les frites de patate douce? Ah oui. Hé en fait après le confinement une grosse partie des gens en seront au même point niveau disette sexuelle. Putain quel privilège d'avoir un jardin, d'avoir des voisins proches (mais à 1m50 quand même). Et si je m'inscrivais à un cours en ligne sur la mythologie gréco-romaine? Ah ouais. Ouais. Ma gorge gratte. Oh non.  J'en ai marre des gens qui voient un grand message de l'Univers derrière ce virus. Faut qu'on renverse le capitalisme. Putain pourquoi j'ai personne avec qui intensivement flirter par messages. Jvais allumer une bougie pour que quelqu'un m'envoie des sextos.
Merde je suis pas syndiquée. Il me reste plus qu'un pamplemousse. J'ai l'impression d'aller rejoindre un amant secret en allant faire mes courses en même temps que ma meilleure amie à 1m50 de distance. Une personne à la fois à la pharmacie. Je la serre dans mes bras mentalement. Ma grand-mère me dit d'apprendre une nouvelle langue. Jvais mettre duolinguo. Ça fonctionne sur les sourcils l'huile de ricin? Putain qu'est ce qu'elle est belle. Deux fois plus belle quand elle dit mon prénom. Ça fonctionne sur les cils l'huile de ricin?
Il est 6h. Pourquoi je suis réveillée moi. Il est 7h. Bon je me lève? Je fais du yoga d'abord. Non j'ai faim. Comment ça un article du Parisien dit que le pic ne va chuter que mi-mai. MI-MAI? Jvais plus jamais avoir de rapports sexuels de ma vie. Il est 11h. Putain j'ai rien fait. Je vais demander à mes abonné.e.s quels sont leurs sons pour danser tiens ça fera passer le temps pour tout le monde. Dernier carré de chocolat. Il me reste une plaquette et demie mais celui là c'est le vraiment très bon. C'est marrant de skyper à 4. 20h. Goutte de pluie qui tombe sur mon visage. Clap clap. Clap clap clap clap clap. C'est bien de danser en cuisinant sur le set live des copains. Jsais pas comment je ferais sans wifi là. Qu'est ce que je suis privilégiée putain.
Et si je faisais des abdos? Wah bordel ça fait mal. Quel jour on est en fait? Ma playlist dansante du confinement dure 3h33 d'après le screen que Rebecca m'a envoyé. C'est marrant de s'appeler en visio. Comme si on avait oublié à quoi nos ami.e.s ressemblent. J'irai faire les courses de mon grand-père dans quelques jours. Jveux pas qu'il sorte de chez lui. Tour dans le jardin, 1m50 de distance mais les coeurs proches proches proches. Si ce soir je me fais des champignons sautés, du chili demain midi et des lentilles demain soir je peux aller faire des courses tranquille lundi matin. Oh non j'ai fini les biscuits. Ma voisine a mis les pretenders très fort. On danse sur nos pas de porte en sautillant. Margot traverse le jardin et sautille avec nous. Putain si je meurs bon tant pis c'est pas grave mais si quelqu'un que j'aime meurt je vais jamais tenir le coup j'ai jamais connu le deuil je vais pas y arriver. Tiens tiens tiens qui sort des bois et like mon post facebook. J'ai envie de ravoir des discussions sur le capitalisme avec lui. 20h. Clap clap clap clap clap clap clap. Je me demande si on est de plus en plus à aussi applaudir pour les livreurs et livreuses, caissiers et caissières, éboueurs et éboueuses, pour tous les précaires.
Aujourd'hui j'ai pas envie d'exister. J'ai pas envie de mourir mais j'ai pas envie d'exister.  Il me faut vraiment des ciseaux pour cheveux. Une pote me demande si je peux lui passer du porno féministe sur son disque dur. Skype bug. J'arrive pas à distinguer le rire d'Asma du mien. Je fais le tour du bloc les mains dans les poches. Les flics à vélo disent au gens de dégager de la place. Le soleil s'en fout. Margot reste sur le pas de sa porte, je m'assieds dans la cour. 2m de distance. Ptet 3. J'aime pas les câlins mais je crois qu'aujourd'hui j'en veux un. Je crois que j'ai envie de pleurer. Jsuis pas sûre. Tous les dimanches on se fait un résumé de notre semaine avec Ugo. Mais ça fait une semaine que c'est dimanche. 20h. Clap. Clap clap. Les étoiles sont de sortie ce soir. Elles aussi elles s'en foutent.

dimanche 23 février 2020

La patience.







J'ai pas écrit dimanche dernier. J'ai fait exprès de pas écrire. Un peu à cause de la fatigue, beaucoup pour voir où j'en serais une semaine plus tard.

J'ai l'impression d'avoir vécu deux vies différentes en deux semaines, avec deux aspects de ma personne respectivement aux antipodes l'une de l'autre. La petite fille anxieuse apeurée et l'adulte stable en devenir qui la tient par la main. La semaine dernière mon visage tendu trahissait mes pensées toutes plus catastrophiques les unes que les autres; alignées comme des dominos qui allaient tomber au plus petit mouvement; tendue comme un arc au coeur de la fête et des invités dansants, ne me permettant de respirer qu'une fois tout le monde parti, affalée dans un canapé à deviser de la vie et la grande aventure de la maturité. 
Trois heures de sommeil et une conversation profonde en passant le balai plus tard, j'étais redevenue une des autres facettes de moi: celle qui parle d'une voix posée, à l'écoute, qui conseille.

La semaine dernière j'ai rêvé que je me noyais et que tout le monde autour de moi flottait paisiblement, jusqu'à ce que je me rende compte que j'arrivais à respirer sous l'eau. 
J'ai pris rendez-vous chez une psy. J'ai communiqué avec mes proches, verbalisant même les choses qui me paraissent logiques. J'ai décidé d'être patiente avec moi-même. De laisser de la place à mes émotions. De retenir qu'elles fluctuent. Et que les rechutes arrivent. Que grandir et évoluer n'est pas linéaire.

Mon anxiété ne va pas partir entièrement un beau jour mais je peux apprendre à respirer sous l'eau.


dimanche 9 février 2020

Un lion dans la tempête.

Dehors la tempête secoue les arbres dont les ombres dansent à travers ma fenêtre,
et dans mon coeur elle se calme.
Elle s'est levée petit à petit sans que je m'en rende compte, causée par une brise puis une autre, si faibles individuellement mais additionnées les unes aux autres depuis un mois environ elles ont soulevé une tempête qui a éclaté samedi matin attablée chez moi, mon téléphone entre les mains, la pluie qui tombait depuis mes yeux.

Mes insécurités grandissent et se prennent pour un lion pour que j'aie moins peur, mais mon lion est en cage et tourne en rond encore et encore et il voit la porte grande ouverte mais il préfère tourner parce qu'il a peur de ce qu'il y a dehors en fait. Et plus je suis insécure plus le lion rugit, et fait le beau, et veut qu'on lui dise qu'il est beau et fort et que oui on le voit et que oui c'est très bien, oh quel beau lion, oh quel beau rugissement, oh quelle belle crinière. Et quand plus personne n'est là pour admirer le lion le lion panse ses blessures en les léchant encore et encore mais elles guérissent pas comme ça, pas quand on les cache, pas en faisant comme si elles n'étaient pas là à chaque fois que quelqu'un suspecte leur présence.

Ces temps ci les mots se bousculent hors de ma bouche et mes gestes sont grands et il faut qu'on me voie et il faut que je rie fort et il faut que je raconte cette anecdote même si le contexte ne s'y prête pas et est ce qu'on me voit est ce qu'on me voit est ce qu'on me voit?

Il est temps que le lion sorte de la cage et qu'il parte avec la tempête. Le lion revient toujours, le lion dort quelque part en moi, mais c'est à moi de comprendre ce qu'il veut, ce qu'il dit, et pourquoi il vient, et surtout, surtout, laisser les blessures à l'air libre une bonne fois pour toutes. Pour cicatriser. Pour du vrai cette fois ci. Avec de l'aide.

dimanche 2 février 2020

All my friends.




Je crois que plus je grandis, plus je comprends que le concept d'un amour d'une vie, c'est exactement ce que c'est. Un concept.
Et que les amours de ma vie c'est mes amis, en plus des membres de ma famille dont je suis le plus proche, et de moi-même dans les moments où je danse en culotte en mettant des produits hydratants sur mon visage.
J'ai repris mon rythme habituel cette semaine, mon corps est encore fatigué mais tellement bien entouré de tous ces amours.
Les amours de ma vie me disent vouloir passer plus de temps à faire des choses anodines avec moi,  les amours de ma vie testent leur toute première recette de gratin avec moi, les amours de ma vie farfouillent dans leur porte feuille pour les centimes manquants pour que je me prenne un truc à manger, les amours de ma vie posent une boisson devant moi au bar sans que j'aie rien demandé, les amours de ma vie courent sur des centaines de mètres pour pas arriver en retard à notre rendez-vous au cinéma, les amours de ma vie me rappellent de faire attention à moi et à ma fatigue, les amours de ma vie m'offrent le petit dej à leur boulot, les amours de ma vie m'écoutent résumer trois ans en une soirée, les amours de ma vie dansent avec moi sur un sol collant sans se soucier du reste.

dimanche 26 janvier 2020

Non merci.


Ca fait à peu près deux semaines que j'ai le temps de m'ennuyer. Mon ennui des plus profonds dans ma chambre d'hôpital (tout va bien) m'a fait me rendre compte qu'on prend tellement pour acquis notre habilité de mouvement, et que le fait de pas devoir mettre dix minutes à aller pisser c'est quand même un putain de privilège. Mon ennui plus superficiel chez moi, entourée de bouquins d'astrologie, de liste de films pseudo-intellectuels et de recherche de routine capillaire pour cheveux ondulés sur youtube, m'a permis de me rendre compte qu'il va vraiment falloir que je me trouve un second job qui me plaît tout autant que le premier car plus que l'inactivité, je déteste l'activité vide de sens, et tout ce vide dans mon cerveau qui prend encore un peu l'air m'a fait me rendre compte que je suis de nouveau entrée dans une de ces périodes sacro saintes de ma vie où je ne kiffe personne.

P E R S O N N E

L'hiver se cogne aux vitres de mon petit chez moi, le chauffage essaie de m'apporter toute l'aide qu'il peut, mes pulls se multiplient et se font des câlins par dessus ma peau, je m'enroule comme un serpent qui regrette sa mue sous ma couette et pourtant mon coeur n'est pas parti à la chasse aux amants imaginaires. Bon aller je mens, mais si peu. Tant que les amants sont imaginaires le cerveau reste alerte à la vie. Mais c'est quand le toucher devient réel et les textos existants que j'ai envie de jeter mon téléphone par la fenêtre et de trouver une forme éphémère de lobotomie. Au détour d'une conversation avec ma mère je suis parvenue à la conclusion sécurisante que les mecs de mon âge ne me satisferont jamais. Comme si ça faisait maintenant autour de moi un bouclier invisible que les moins de trente ans ne peuvent pas traverser. Mais la vérité la plus profonde c'est que les boucliers m'ont toujours rassurée par effet placebo plus qu'autre chose. En fait là y'a pas de bouclier, le bouclier il est intérieur, il se résorbe et revient par surprise et me fracasse parce qu'il est lourd à porter et trop souvent il me tombe dessus. Et je me suis souvent retrouvée immobilisée par ce poids affaiblissant à ne pas savoir ni avancer ni reculer, après avoir couru en cercle à l'infini sans savoir si je pourchassais ou si j'étais pourchassée, si j'avançais ou si je reculais.


Je sais pas pourquoi j'en suis de nouveau à parler d'amour, d'amourette et de tous ses dérivés à préfixes et suffixes aléatoires. Je pense que c'est un de mes mystères préférés, et je crois toujours que je préfère quand il se passe rien, parce que quand il se passe rien tout pourrait arriver. J'ai pas envie de bien aimer quelqu'un et que ça m'empêche d'être ici et maintenant à 100% parce que peut-être qu'il sera à telle soirée et il m'a dit qu'il me disait quoi mais il m'a encore rien envoyé et tu crois qu'il voulait dire quoi quand il a dit ça, mais quand il a dit ça il a fait ça, ça veut dire quoi ça. Non merci. Je vais laisser l'armure au placard. Mais je garde mon cerveau.





dimanche 12 janvier 2020

Merci.


On n'est qu'au douzième jour de cette année et j'ai l'impression de déjà avoir level up comme dans les jeux vidéos auxquels jouent ma soeur et mon père le dimanche.
La vie me sert des package d'apprentissage express sur des plateaux qui défilent devant moi, et certains sont vides. Je suis pas prête les gens sont pas prêts l'univers est pas prêt.
Tout est éphémère, les moments sont des moments, un appel téléphonique inattendu transforme une soirée puis au final tout un état d'esprit, des leçons prises avec un grand sourire un jour me déplaisent le lendemain soir et je me trouve à insulter la pleine lune en sortant de chez moi à 21h21.

Cette année je veux croire en moi et aux limites, aux conversations autour de verres de vin rouge trop chers, aux nuits de sommeil qui transforment le désarroi en réflexion constructive, aux vestes jaune poussin, aux amis qui s'aiment à travers tout, je veux croire en tout.


mercredi 1 janvier 2020

L'épisode final.


(j'ai écouté cette chanson au moins 20 fois aujourd'hui, et je pense qu'elle souligne très bien tout ce que j'écris ici.)


Je crois que la nuit du 31 décembre 2019 au 1er janvier 2020, il y a eu un bug dans la matrice. Ou alors un moment de clarté offert par un Univers bienveillant. C'est si cliché à dire mais j'ai senti des fins se mélanger à des débuts. Cette soirée s'est ouverte, offerte, retournée sur elle-même, m'offrant un résumé spectaculaire de l'année passée et comme un tout petit extrait des années à venir. La nuit aux odeurs de feux d'artifices faits maison et de bières renversées m'a fait voir tout ce que j'ai appris cette année en résumé express auquel je ne m'attendais pas.

A minuit j'étais entourée de gens du passé et de gens du présent, dans une cohue de serpentins et de cava dans de rares coupes, je me suis revue quelques secondes comme j'étais quand je les ai connus, dans des soirées qui commencent et ne se terminent pas et je n'ai de similaire que le prénom et le rire beaucoup plus vrai qu'avant.
Mais je sentais que j'avais envie d'aller à une fête où il y avait un plus grand nombre de gens que je connais alors j'ai passé un appel, dit à Margot que je voulais aller jeter un oeil à une autre soirée et j'ai laissé mon anxiété se mordre la langue. Elle a souri grand avec ses yeux et sa bouche et on s'est dit à plus tard en se prenant dans les bras.

Apprentissage numéro un: Ne pas culpabiliser autant, tout le temps, pour tout.

Vers trois heures je suis donc partie seule dans les rues avec un soupçon d'ébriété dans les veines qui me donnait assez de rien à foutre que pour ne pas sursauter aux bruits de pétards et pour entrer dans une soirée chez des gens que je ne connais pas, aux trois étages remplis, à la recherche de quelques visages familiers. Rez de chaussée, de la musique, copine 1, copine 2, retrouvées en un clin d'oeil et perdues en deux. Je me retourne, vois une autre pote qui n'a rien à voir avec le groupe qui m'a conviée. Je monte les escaliers, je croise une amie, on crie, câlin. Sur le palier suivant, pareil avec une autre. Dans la file pour les toilettes, la fille devant moi et moi, on se scrute, on se reconnaît, c'est une amie de mon ex de quand j'avais 17 ans.  Je redescends, je croise le meilleur ami d'un pote "HEY SALUT!!!! Leo est là? Enfin euh salut." Je vais sur la terrasse, je croise une copine que je ne m'attendais pas à croiser "C'est fou j'arrête pas de croiser des gens qui n'ont rien à voir les uns avec les autres, mais genre rien à voir et ils sont tous ici!" "Mais Meredith t'as pas compris?  On est dans une série et c'est l'épisode final où tous les personnages se retrouvent au même endroit par hasard." 
Je ressors, je croise un pote de ma grande bande, il a perdu ses copains. Je redescends, je croise Martin dans l'escalier, je descends encore, je dis au revoir à des copines qui partent, je danse, je remonte, Martin veut partir, il a plus de batterie, j'appelle Quentin, il est à l'appart avec la clique.
Martin veut ramener les autres qui sont ici, il hésite, on descend, à moitié, on attend, on se retourne, on attend encore, au coin de la rue, je re traverse "Bon les gars vous faites comme vous voulez, moi j'ai envie d'aller là bas, et maintenant, au pire j'y vais seule". Martin salue les autres, on saute dans un taxi.

Apprentissage numéro deux: Ne pas attendre qu'on se bouge à ma place si je veux quelque chose.

On passe le pas de la porte et c'est une avalanche sonore de "Méréééééééééééé!!!" qui m'accueille. Le gang est là, on me prend dans les bras en me disant des "bonne année" qui viennent du coeur et du foie.  Je scrute la pièce. Il n'est pas là. Je m'installe sur le canapé et je parle de lui aux copines. C'est un choeur de regards bienveillants associés à des mots décourageants qui répondent à mes phrases qui dégoulinent d'envie. "Attention à ton petit coeur." Le téléphone de Marie sonne. C'est lui. Je ne pose pas de questions.  Je veux pas savoir s'il vient. Je veux pas savoir où il est. Je veux pas vouloir. 

Apprentissage numéro trois: Ne pas avoir d'attentes. Ou en tout cas, les diminuer. Parce que de tous les films qu'on se fait, c'est le seul scénario auquel on a pas songé qui arrive.

Quentin veut bouger, je décide que je préfère le suivre. On va quelque part où on ne sera peut être pas acceptés. Il est cinq heures. A l'avant du groupe, Quentin me dit qu'il est là bas, mais qu'il y est avec une fille et qu'il préfère que je le sache. J'hoche la tête. On arrive devant la porte, une groupe de gens (probablement les habitants) nous posent quelques questions. Deux des copains sont déjà entrés, on est quatre à être sur le pas de la porte face à un mec a l'air las de fin de soirée qui ne veut pas d'inconnus chez lui. Je suis calme mais un peu sèche, je demande à au moins dire à mes amis déjà entrés que nous ne pouvons pas. Finalement il nous laisse passer. Peut-être que l'univers lui a donné un instinct de cerbère parce que je n'avais rien à faire là.
Je croise une pote "Mais qu'est ce que tu fais là??" "Je sais pas je connais personne." "Hahaha c'est chez mon mec!"
On reste au pied des escaliers à trois, les autres partent explorer ce microcosme à la recherche d'un peu de familiarité. Juste quand je dis à Marie que je sens qu'on va pas rester et que je vais rentrer plutôt que de tenter de m'incruster ici, Quentin revient victorieux de sa chasse aux potes. Il est là dans l'encadrement de la porte, il me sourit, au bout de quelques secondes on reprend notre jeu habituel, il me charrie et moi je suis séduite d'une part (du côté des hanches) et j'ai envie de mettre des barrières kilométriques de l'autre (du côté du coeur). Les autres vont partir. Quelqu'un s'apprête à faire du crowdusrfing et risque de lui atterrir dessus. Il ne le voit même pas parce qu'il me parle. Je le prends par les épaules et je le décale de quelques centimètres. Mes hormones aimeraient mettre mes mains partout ailleurs sur son corps aussi. Je lui dis au revoir. Je veux pas rester ici alors que je connais personne. "Mais si tu me connais moi! Et y'a plein de trucs à explorer ici, aller viens explorer avec moi." Je le suis, un peu amusée mais je sens la barrière qui se met en place pour me protéger. "Je vais vraiment y aller." "On se voit une prochaine fois?" "Oui". Non. Pas à deux, pas tout seuls. Mon cerveau était déjà en train de réfléchir à ce que je lui dirai exactement le jour où il tentera une approche si ce jour arrive, comment résumer en quelques phrases qui rentrent dans un texto à quel point c'est une mauvaise idée de faire se croiser nos envies, qui je le sais ne sont pas du tout les mêmes. Je rejoins les autres. Il manque Quentin. Je fais demi tour. Il était avec lui. Je lui fais un petit salut. Mes hanches imaginent les dessins qu'elles pourraient faire avec les siennes mais le reste de mon corps me dit qu'il est l'heure de partir et que les tableaux qu'on pourrait peindre resteront un mystère. Pour le bien de mon coeur, celui qui est mou et qui a envie d'autre chose.

Apprentissage numéro quatre: écouter son instinct. Le vrai, celui qui préserve. Celui qui me dit que je vais être un plan B, et que je n'en suis pas un. 

Bisous aux copains. Câlins. Une rue à descendre, une rue tout droit, une rue à remonter et je suis à la maison. Je suis les lumières au sol, j'entends les basses en haut, j'entre, ils dansent encore comme si j'étais partie il y a cinq minutes. Je me faufile entre les "hein mais t'étais où?" de certains, je m'isole avec Margot, elle me raconte ce que j'ai loupé, je lui raconte que j'ai mis une barrière pour me préserver. Il est bientôt sept heures, je descends dormir.
J'ouvre les yeux il est onze heures. J'enfile mes fringues, je prends un fruit, je remonte. C'est comme si le temps passait autrement là haut, ils dansent encore. "Attends mais t'étais où?" "Bah je dormais". Je donne un fruit à Margot, je demande s'ils ont bu de l'eau. Ils se passent des verres, je prends Margot dans mes bras, je les regarde partir continuer leur fête sans fin pour aller me recoucher.

Apprentissage numéro 5: transformer mon empathie en compassion. Je ne suis pas la maman des autres, je ne suis pas non plus là pour les soigner. Je peux me soucier des autres mais pas au détriment de moi-même.


J'ai vu le serpent se mordre la queue, mais avant d'ouvrir grand la bouche il a mué, et laissé son ancienne peau dans le passé. La boucle est de nouveau prête à démarrer, mais c'est un nouveau cycle qui se présente et je n'en connais pas encore les écailles.