dimanche 12 juillet 2020

Il est l'heure de rentrer.





Il y a quelques années j'aurais encore repris une bière après que la musique se soit tue et j'aurais bu aucun soft entre. 
J'aurais essayé coûte que coûte  de me mettre à côté de lui et j'aurais bien veillé à être celle qui parle le plus fort entre elle et moi.
J'aurais accepté avec enthousiasme sa proposition de tous continuer à aller faire la fête chez lui et j'aurais lutté contre le sommeil en espérant finir dans son lit.

Mais moi et mon petit coeur (mou, gentil, pas blasé) on a beaucoup appris:  alors j'ai fini mon verre, je lui ai rendu son pull et il m'a rendu mon pull et ma veste, je lui ai dit à bientôt en tenant son visage entre mes mains parce que je suis pas une meuf subtile, et je suis partie continuer ma soirée ailleurs. Et après cette escale j'ai suivi ma fatigue, tout droit, une rue à droite, encore tout droit jusque sur la place et à droite vers mon lit, seule et contente.

Je crois que maintenant je sais quand la fête est finie. Quand elle est encore belle et qu'elle commence à s'éteindre c'est l'heure de rentrer.  Je crois aussi que c'est une métaphore.

dimanche 5 juillet 2020

(in)stabilité






Je suis revenue des toilettes, je me suis ré installée à notre petite table tandis qu'il demandait du feu à des gens à côté de nous. Il a à peine eu le temps de se rassoir que j'ai attaqué: "Dis, juste une question avec mes gros sabots, mais tu veux qu'on rentre ensemble ou tu voulais juste boire un verre?  Si tu dis non c'est pas grave hein."
Il a souri, penché la tête et dit que oui, il osait pas demander mais qu'il voulait rentrer avec moi.
La lune a éclairé notre chemin du retour et à peine passée la porte on était dans les bras l'un de l'autre comme il y a quelques mois, à se dire les choses sans les ressasser dans nos cerveaux, à se sourire en parcourant nos corps, à se dire qu'on s'est manqués depuis décembre. On s'est demandé pourquoi c'est si simple de tout se dire si honnêtement, et la réponse c'est qu'on n'est pas amoureux l'un de l'autre. C'est simple. Il va partir vivre à la campagne. C'est encore plus simple.

Cette jolie surprise me donne envie de plus de jolies surprises, et je sais que je veux partir à la recherche de stabilité et que ce n'est pas là dedans que je veux la chercher ni la trouver. Je veux me trouver un nouveau cocon appelé maison et un nouveau quotidien qui me permettra de manger et couvrir ceux et celles que j'aime de petites attentions, mais je veux pas que ma quête de la stabilité me pousse dans des bras qui resteraient les mêmes pendant de longs mois juste pour me rassurer. Je me connais et je sais que ma tendance à vouloir certaines choses immédiatement même si elles sont bancales  ne fera que me déservir en ce moment.

J'entends l'été qui chante des chansons au loin, j'ai hâte de danser sur des airs inconnus avec des gens qui le sont aussi encore.


dimanche 28 juin 2020

Des petites aventures.




Mes petites histoires ont repris. 
Des petits moments emballés dans du papier cadeau. Avec des rires dedans, de la nourriture gratuite de la part d'un beau serveur, des chuchotis avec ma soeur, un morceau de piano qui me donne les larmes aux yeux, deux verres qui tintent, une tablée de sushis.

L'Univers me teste un peu, il me taquine pour voir si j'ai bien compris. Promis cette fois oui. Mon téléphone est resté bien tranquillement dans mon sac après avoir croisé des visages qui normalement auraient fait réagir la chaleur qui vit au creux de mon ventre. 

J'ai encore une trentaine de jours dans mon cocon qui m'a vue déambuler pendant trois ans d'aventure en aventure, de leçon de vie un peu dure en apprentissage serein. Une trentaine de jours et je vais refaire un tour. Toujours dans les bras de l'Univers qui tantôt me bercent, tantôt me lancent en l'air. Mais qui toujours me rattrapent.


dimanche 31 mai 2020

Habitude.





Je peux compter les garçons que j'ai aimés sur une main, même moins.

J'ai besoin de deux mains et demies pour compter ceux dont j'ai aimé le corps.
Je peux compter ceux qui avaient des tatouages, ceux qui mesuraient 1m83, ceux qui m'ont brisé le coeur, ceux qui fumaient, ceux qui sont revenus plusieurs fois voir ce qu'il y a entre mes cuisses, ceux qui en aimaient une autre.
Je peux me souvenir de tout ce qui m'a menée à tomber amoureuse et tout ce que j'ai fait dans ces périodes. Et je peux me souvenir, très bien, de cette petite lourdeur dans l'estomac qui grandit et qui chuchote "y'a un problème".


Parce que ce dont j'ai l'habitude, c'est qu'au bout d'un moment, au tournant, ils s'éloignent. Subtilement, je les dépasse, sans m'en rendre compte. Et eux ils restent au tournant, parce qu'il y avait une autre route que j'avais pas vue. Ce dont j'ai l'habitude c'est que doucement j'ai plus trop de nouvelles. C'est plutôt moi qui viens et on me répond de plus en plus à demi mot. Et puis je persiste quand même parce que je suis pas prête pour les mots que je veux pas entendre. Mais mon impatience a raison de moi et un jour je leur envoie un message qui commence généralement par "Dis, *prénom*. J'ai l'impression que..." Et bam. Uppercut prémédité.


Et donc là, même si je suis pas encore sûre des sentiments qui sont en train de se construire en moi,  je suis en train de scruter le virage, je l'attends, il va arriver, il arrive toujours d'habitude, et j'attends la lassitude de sa part, parce qu'elle arrive toujours d'habitude, et je réfléchis déjà au "Dis, * prénom *. J'ai l'impression que..." qui va suivre.
Mais faut pas toujours faire comme d'habitude, hein?


UPDATE DU LENDEMAIN:

C'est pas comme d'habitude parce que j'ai vu le tournant, je me suis arrêtée, j'ai été vers lui, je lui ai montré le tournant et je lui ai dit ce que je veux pas. Lui m'a dit ce qu'il veut pas non plus. Nos envies de coïncident pas
 J'ai l'estomac léger. Lui il va par là. Moi je vais là bas. Je me demande ce qu'il y a là bas ça a l'air joli. J'ai hâte. Mais je me presse pas.

dimanche 17 mai 2020

"Et maintenant on fait quoi?"

Il m'a regardée d'un air entendu, a dit "Bon.", a fait quelques pas, s'est approché de moi, et on s'est embrassés.

Et là mon cerveau me demande ce qu'on fait. J'ai très sérieusement envisagé l'auto-sabotage: si je mets fin au truc avant que ça n'escalade et que je me casse la gueule, au moins la décision vient de moi.

Bien évidemment c'était une idée de merde que je n'ai pas mise en application. Est-ce que j'ai envie de le revoir? Oui. Est ce que j'ai envie de plus? Je commence à sentir une idée germer. Est ce que ça va se casser la gueule? J'en ai aucune putain d'idée. Est-ce que même si ça en reste là, c'était pas une putain de bonne surprise de la part de l'Univers? Oui.


dimanche 10 mai 2020

1m50

Un mètre cinquante. Un mètre cinquante c'est 19 centimètres de moins que moi. C'est un chiffre absurde qui me percute comme une massue dont j'ai sous-estimé la douleur.
Aujourd'hui la meuf qui aime pas faire la bise et qui aime pas les câlins voulait prendre sa mère dans ses bras.
Mais.
Un mètre cinquante.
Ça fait deux mois que j'ai pas vu ma petite soeur.
Un mètre cinquante.
Les bêtises des enfants au taff me manquent. Le bruit de la ville abruptement muet m'effraie un peu. Les gens sans masque. Les gens avec masque. Lui parler sans le voir. L'idée de le voir. L'été qui pointait à l'horizon et qui s'est déjà barré laissant place au vent. Les concerts ratés. Mon futur déménagement en points de suspension. Les minuscules et grandes avancées.
Un mètre cinquante.
Dix neuf centimètres au-dessus de ce qui m'éloigne de tout.

lundi 4 mai 2020

Future starts now

Seule sans vraiment l'être dans mon lit vendredi soir, on prend pas les mêmes et on recommence pas. En dansant les stores grand ouverts sur la nuit dans mon petit chez moi, j'ai retrouvé ma formule magique et toutes les possibilités déroulées au loin devant moi. Pas de plan a pas de plan b, que du possible. Il y aura toujours quelque chose pour moi quelque part, à n'importe quel instant de la journée. Une musique, un fou rire, une étincelle dans le ventre, un mot, un nuage. Et la petite décharge de nervosité qui se balade dans mon corps se transformera au gré de ce qui est bon pour moi, quand il sera temps. C'est pas à moi de décider maintenant. Booba dit que la carapace est intacte, le coeur accidenté, mais elle est partie à la poubelle la carapace, elle se décompose quelque part dans une forêt ou au bord de l'eau, elle retourne confondre ses atomes avec d'autres loin de mon esprit qui l'a créée. Et le coeur? Le coeur va bien, il rugit, il hurle de joie, il chante des chansons et il danse danse- danse danse- danse danse. Il a compris maintenant je crois, pour du vrai, que le triste sera magnifique parfois et le beau tout aussi terrible, et que c'est rien, qu'il reste entier, que personne ne va le briser, parce qu'il est mou, élastique, il fond, reprend forme. Il sait quand il a pas envie de se faire mordre et il sait aussi quand il a besoin d'apprendre encore. Et je suis là dans les limbes mais je n'ai plus peur. J'y ai été tellement de fois, je me suis déjà retournée trop de fois pour voir si on me suivait et Hadès a repris ce qu'il voulait reprendre, des gens, des projets, pour les recracher à la vie mais de l'autre côté de mon chemin à moi. J'ai rarement atterri où je pensais me retrouver mais putain quel magnifique chemin. Le chemin effacé par les orages, le chemin bloqué sans aucune autre issue, le chemin fluide, le chemin sinueux, le chemin qui fait demi-tour, le chemin où il a fait nuit pendant des jours, le chemin qui danse aussi.